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Les impacts du cyclone Ivan sur la production de litchi
dans la zone d’Analanjirofo (2008)

1. Contexte

Les principales zones de production de litchi à Madagascar sont localisées dans les régions Atsinanana et Analanjirofo. Ces régions sont souvent soumises aux aléas climatiques tels que les cyclones.
Le 17 février 2008, le cyclone Ivan a touché la côte Est de Madagascar, au niveau de la région d’Analanjirofo. Le cyclone est entré au nord de la ville de Fénérive Est dans le village d’Ampasimbe Manatsatrana (cf. trajectoire carte en annexe 1) et a suivi une direction ouest / sud ouest. Les rafales de vent atteignaient 185km/h.

Le litchi constitue l’une des principales sources de revenu des paysans dans ces régions. Durant la campagne 2007/2008, Madagascar a exporté 22 000 tonnes de litchi provenant essentiellement des deux régions suscitées. Une évaluation des impacts du cyclone sur le potentiel de production s’avère donc indispensable afin d’informer les divers acteurs de cette filière.

2. Objectif

Cette étude a pour objectif d’apprécier l’impact du cyclone Ivan sur le potentiel de production des litchis. Pour cela, une enquête a permis d’estimer le taux de feuilles restant sur les arbres1 et le taux d’arbres ébranchés2.

3. Matériel et méthode

Des fiches de prospection (cf. annexes 2) ont été remplies lors des actions d’évaluation sur le terrain.
Chaque année, le CTHT entreprend des suivis phénologiques sur les litchis dans les diverses zones de production de la province de Tamatave. Ces mêmes zones ont été retenues pour réaliser l’évaluation de l’impact du cyclone et ainsi disposer de données à comparer aux résultats des quantités collectées durant les précédentes campagnes. L’évaluation s’est déroulée sur des arbres situés au niveau des deux axes de prospection de la région d’Analanjirofo à savoir [Marofarihy – Soanierana Ivongo] et [Antsikafoka – Anjahambe].

Cette évaluation doit permettre d’apporter des informations générales sur la stature des arbres (déraciné, penché, etc.) et la structure de la population par rapport à la quantité de feuilles qui restent sur les arbres et au taux d’ébranchage de chaque arbre prospecté.

Le principe est d’observer par sondage un échantillon représentatif de l’état général de chaque arbre au niveau de la population de chaque site.

  • Dans les vergers, il faut choisir un axe ou un diagonal et observer chaque arbre,
  • Dans les sites où les arbres sont éparpillés, l’agent réalise la prospection de chaque arbre qu’il rencontre.

Remarque : Une seule observation par arbre est nécessaire.

Sur chaque pied, il s’agit d’estimer la quantité de feuilles restantes et le taux d’ébranchage des arbres après le passage du cyclone.

    Pour faciliter l’observation, des classes ont été définies.

    Au niveau des feuilles :
  • [0 ; 10[ si il n’existe pas de feuilles ou le nombre de feuilles sur l’arbre est très faible,
  • [10 ; 25[ si le nombre de feuilles restant sur l’arbre couvre le quart de la frondaison,
  • [25 ; 50[ si le nombre de feuilles restant sur l’arbre couvre la moitié de la frondaison,
  • [50 ; 80[ si le nombre de feuilles restant sur l’arbre couvre le trois quart de la frondaison,
  • >80 si le nombre de feuilles restant sur l’arbre couvre plus du trois quart de la frondaison.
Au niveau des branches :
  • [0 ; 10[ si il n’existe pas de branches coupées ou si le nombre de branches coupées sur l’arbre est très
    faible,
  • [10 ; 25[ si le nombre de branches coupées sur chaque arbre représente le quart de la frondaison,
  • [25 ; 50[ si le nombre de branches coupées sur chaque arbre représente la moitié de la frondaison,
  • [50 ; 80[ si le nombre de branches coupées sur chaque arbre représente le trois quart de la frondaison,
  • >80 si le nombre de branches coupées sur chaque arbre représente plus du trois quart de la frondaison.

4. Résultats

Les évaluations se sont déroulées les 27 et 28 février 2008 dans la région d’Analanjirofo et 376 pieds ont été observés.


Tableau 1 : Répartition des arbres observés en fonction de la quantité de feuilles restantes sur les arbres.
ZONES [0-10[ [10-25[ [25-50[ [50-80[ >80
Fénérive (zone littorale) 42,04 8,85 5,75 14,60 5,75
Vavatenina (zone intérieure) 10,00 12,86 17,14 18,57 25,00


Les arbres situés sur le littoral (axe [Marofarihy – Soanierana Ivongo]) sont les plus touchés par le cyclone. En observant la frondaison, 57% des arbres possèdent une quantité de feuille inférieure à 50%.
Dans la zone intérieure (axe [Antsikafoka – Anjahambe]), 40% des arbres observés possédaient des feuilles sur 50% de la frondaison.

Pied de litchi avec un taux d'effeuillage supérieur à 80%


Tableau 2 : Répartition des arbres observés en fonction du taux d’ébranchage des arbres
ZONES [0-10[ [10-25[ [25-50[ [50-80[ >80
Fénérive (zone littorale) 14,16 16,37 17,70 15,93 4,87
Vavatenina (zone intérieure) 45,00 20,71 10,00 5,00 2,14

Lors des observations, 21% des litchis sur la zone littorale présente un taux d’ébranchage supérieur à 50% de la frondaison contre 7% sur la zone intérieure.

Par ailleurs, il a aussi été constaté que 23% des arbres observés étaient irrécupérables (dessouchés,
coupés, etc.) dans la zone de Fénérive contre 16% dans la zone de Vavatenina.

Pied de Litchi irrécupérable (cassé, déssouché)

5. Conclusion

Compte tenu du passage du cyclone, les seules certitudes qu’il est possible d’avancer par rapport aux dégâts observés sont :

  • Le déracinement des arbres : les arbres qui sont irrécupérables (dessouchés, cassés, etc.) ne produiront pas au cours de la prochaine campagne. Ils représentent 39% des arbres observés ;
  • Le taux d’ébranchage des arbres : une réduction de la production aura lieu pour les arbres qui ont été ébranchée. En effet, ce sont les branches qui porteront les fruits et si elles sont cassées, le potentiel de production risque de diminuer. Les arbres non dessouchés dont le taux d’ébranchage est supérieur à 50% de la frondaison représente 28% des arbres observés pour les zones littorale et intérieure. La production de ces arbres pourrait donc diminuer de moitié ;
  • Le taux d’effeuillage des arbres : les feuilles constituent le principal moteur de développement d’une plante. Si l’arbre ne possède pas suffisamment de feuilles, il est fort possible qu’il y ait des répercussions sur la prochaine production. Si la capacité de reprise de l’ensemble des arbres effeuillés reste faible, la production sera réduite jusqu’à environ 48% dans cette région. Cette proportion correspond à l’ensemble des arbres non dessouchés observés présentant un taux d’effeuillage inférieur à 50% de la frondaison.

En se basant sur ces résultats, par rapport à une année normale (avec une production optimale sans dégâts climatiques), une perte atteignant 77% de la production de litchi est estimée dans la région d’Analanjirofo.

Toutefois, des observations complémentaires quant à la capacité de reprise des arbres et le potentiel de floraison devraient être réalisées au moment de la floraison pour donner des indications plus précises sur le potentiel de production de la région d’Analanjirofo lors de la prochaine campagne.



Annexes

  1. Localisation de la zone de production de Litchi dans le nord de la Province de Tamatave et trajectoire du cyclone Ivan. (Fichier JPEG - 1,1 Mo) - Télécharger.
  2. Fiche de prospection et évaluation sur Litchis - Année 2008. (Fichier Excel - 22 ko) - Télécharger.


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1 Les feuilles permettent le maintien de l’appareil de production de la plante [cf. SILVESTRE et ARRAUDEAU, le manioc,
éditions Maisonneuve & Larose, 1983, page 79]. Elles assurent la fonction chlorophyllienne c’est-à-dire elles permettent
l’élaboration des matières organiques de base qui se transforment pour constituer la substance des différents organes [cf.
MARTIN PREVEL, GAGNARD, GAUTIER, l’analyse végétale dans le contrôle de l’alimentation des plantes tempérées et
tropicales, Techniques et Documentations (Lavoisier), 1984, pages 3 et 82].
2 Les branches sont les supports des feuilles.